L’Allemagne enterre ses « années de plomb »

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On savait que l’Allemagne était régulièrement hanté par les démons du passé. Mais pour la première fois, elle a décidé de tourner une page de son histoire le 24 octobre dernier en rendant hommage aux victimes de la RAF (Rote Armee Fraktion)…

Dans le sillage des révoltes étudiantes des années 60, la création du mouvement terroriste est lié aux contextes national et international : les jeunes allemands demandent des comptes sur le passé nazi de leurs parents et des cadres dirigeants. Cette même jeunesse suit aussi de près les guerres de décolonisations, comme au Vietnam ou en Algérie, et autres mouvements de résistance contre l’impérialisme occidental. Enfin, les modèles soviétique et chinois fascinent et appellent à la révolution.

Un mouvement de résistance armé

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Renverser la puissante démocratie ouest-allemande était le leitmotiv de la RAF, créée officiellement en 1970 par Andreas Baader, et appelée aussi « bande à Baader ». Mais le groupe armé souffre de deux choses essentielles : le soutien de la population, et un projet politique solide. Les actions de la RAF sont trop sanglantes et arbitraires pour que les citoyens ne les considèrent pas comme de violents meurtriers. Impossible pour la RAF de trouver des appuis dans le gouvernement ou son administration : la droite libérale ne pactise pas avec l’extrême gauche. La RAF se considérait parfois comme une guérilla urbaine, mais elle ne pratiquait pas le sabotage, et s’attaquait uniquement à des cibles isolées, jamais à l’armée ou aux civils ordinaires. Ce qui n’empêche pas la RAF d’être épaulée par la Stasi pour les renseignements, par l’IRA, les Brigades Rouges pour l’armement et par les groupes armés palestiniens (surtout le FPLP) et l’Irak pour la logistique et la formation militaire. Tous ces contacts permettent à la RAF de perpétrer des attentats ou des prises d’otages spectaculaires, comme au siège de l’OPEP à Vienne en 1975, où 11 ministres sont capturés en pleine réunion, par la RAF et le terroriste Carlos. L’offensive sanglante de la RAF avait déjà coûté la vie les mois précédents à plusieurs personnalités de haut rang, dont le procureur fédéral Siegfried Buback, assassiné en avril avec son chauffeur et son garde du corps.

 

« Le bandit est le héros du peuple, son défenseur, son sauveur » Bakounine

 

L’Etat central réprime sans ménagement les assassinats, et parvient à capturer Baader et Meinhof, les deux leaders, en 1972. Une deuxième génération de terroristes voit alors le jour pour libérer les fondateurs historiques. La tentative la plus marquante est la prise en otage de Martin Schleyer, le patron des patrons allemands, le 5 septembre 1977, dénoncé comme ancien SS. Cette opération culmine en octobre avec le détournement par quatre terroristes palestiniens d’un avion de ligne de la Lufthansa, dont les passagers sont libérés le 18 octobre à Mogadiscio par un commando du GSG 9, le groupe d’élite de la police allemande. Cet échec de la RAF conduit le même soir au « suicide » (controversé selon la presse française) dans leurs cellules d’Andreas Baader, Gudrun Ensslin et Jan Carl Raspe, fondateurs du mouvement, puis à l’assassinat du patron des patrons, dont le corps est découvert le lendemain dans le coffre d’une voiture à Mulhouse, en France.

La même année, le président de la Desdner Bank, Jurgen Ponto, est assassiné de sang froid alors qu’il rentrait chez lui avec son chauffeur.

Le dernier fait d’armes spectaculaire de la RAF se déroule en 1989, lorsqu’une charge de dynamite est placée sous la limousine du directeur de la Deutsche Bank Alfred Herrhausen, et explose en plein centre ville. L’attentat est revendiqué par la RAF, bien que nombreux étaient les communistes qui voulaient sa mort.

Leurs actions ne porteront pas leurs fruits. En voulant rattraper les erreurs de leurs pères pendant le 3e Reich et donner sa chance au communisme, la RAF n’aura pas fait preuve de plus de beaucoup de subtilité.

L’organisation terroriste profitera encore d’une certaine sympathie au sein de l’extrême gauche dans les années 1980 lors des grèves de la faim suivies par certains détenus. La chute du mur de Berlin et la réunification achèvent de donner une image négative au groupe terroriste. D’anciens membres de l’organisation qui s’étaient enfuis en RDA en 1980 sont arrêtés et condamnés. La RAF publie sa dissolution officielle le 21 avril 1998. Entre 1970 et 1998, l’organisation terroriste a compté au maximum entre 60 et 80 membres actifs et a tué 34 personnes. 21 personnes sont morts dans leurs rangs.

Le 27 mars 2007, Brigitte Munhaupt, chef de file de la 2e génération de la RAF, est libérée après 24 ans de détention.

Deux autres anciens membres de la RAF, Eva Haule et Birgit Hogefeld, sont encore incarcérés. Sept compagnons de route du groupe sont toujours recherchés. Mais l’Allemagne, elle, respire et tourne la page.

 

Victor Lassalle

 

 

Published in: on 12 décembre 2007 at 11:02  Laisser un commentaire  

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