Welcome to Hebron

« Welcome to Hebron ! » résonne tous les jours dans la vieille ville (de Hébron !), parfois changé en « Ahlan wa sahlan fi Khalil », ce qui veut dire la même chose. Quand on est blanc, agrémenté de piqûres de moustiques, qu’on a un sac à dos et un appareil photo en bandoulière, qu’on marche lentement en regardant en haut, en bas, à gauche et à droite comme si on se promenait dans un musée en plein air, ça ne rate pas, chaque mètre qu’on traverse dans les méandres de la vieille ville est rythmé par les « Come and see my shop », « Good price for you my friend », « Where are you from ? I love German people !» et aussitôt votre bras se retrouve serré et absorbé vers un magasin ou un autre, parfois vers deux en même temps. Même après avoir acheté une poterie, un bracelet ou un paquet de biscuits, le même rituel recommencera inlassablement. Au bout de quelques jours, lorsque les commerçants réalisent quel mauvais client vous êtes, le phénomène s’estompe.

Child

L’étape suivante, c’est de ressembler à un Palestinien. Quand on bronze un peu, qu’on opte pour une coupe de cheveux à la Palestinienne, qu’on pose son appareil photo et qu’on arrive à s’orienter dans les ruelles comme si on y avait passé son enfance et qu’on peut enchaîner environ 7 mots d’arabe, chaque coin de rue recel d’invitations pour le café ou le thé, les prix baissent tout d’un coup, les enfants arrêtent de réclamer des shekels, chaque visage devient familier et les Palestiniens, comme les soldats, vous interpellent en arabe ou en hébreu.

Un des rendez-vous quotidien de la vieille ville, c’est ses toits. Que ce soit chez Saïd, chez Amar, chez la Christian Peacemaker Team ou ailleurs, passer son temps sur les toits c’est se rapprocher du ciel, c’est respirer un peu plus librement que dans les ruelles serrées du dessous, c’est pouvoir regarder au-delà des murs de la ville dans laquelle je reste 5 jours sur 7. C’est aussi réaliser combien de rues, dans cette partie de la ville sous administration israélienne,

C'est simple : les Palestiniens marchent sur le trottoir à droite, les colons ont le reste de la rue

C'est simple : les Palestiniens marchent sur le trottoir à droite, les colons ont le reste de la rue

sont réservées aux colons. C’est constater que la ville s’arrête là où commencent les colonies, Qyriat Arba et compagnie. C’est pouvoir observer, à chaque fois qu’on cherche l’horizon depuis ces toits, les tours d’observations qui concurrencent les minarets, les checkpoint qui annoncent les limites de la ville, les drapeaux israéliens qui flottent par-ci-par-là autour de la mosquée d’Abraham comme si les colons venaient de marcher sur la lune, de découvrir une terre vierge et inconnue. Comme si leur besoin vital, animal, de marquer leur territoire avec des drapeaux était plus noble que de jeter leurs ordures et des pierres sur la tête des Palestiniens, comme ils le font dans la vieille ville.

Pourquoi mettre ses ordures dans une poubelle quand on peut les jetter sur ses voisins ?

Pourquoi mettre ses ordures dans une poubelle quand on peut les jetter sur ses voisins ?

Du coup, à cause des colonies et des restrictions de circulations dans la vieille ville, les clients ne sont pas bien nombreux dans cette partie de la ville, délaissée par la majeure partie des Hébronites. Avant 1997, c’était là que se trouvait le marché le plus important la ville ; il est aujourd’hui déplacé et éclaté plusieurs centaines de mètres plus haut. Des milliers d’habitants ont dû quitter leurs maisons ces dix dernières années. Les expulsions, en Palestine, ce n’est pas qu’en 1948.

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Les trois quart des magasins sont fermés Ceux qui restent ouverts reçoivent 200 euros par mois de l’Union Européenne ; les habitants de la vieille ville ne paient ni loyer, ni frais d’eau ou d’électricité. Tout est fait pour essayer tant bien que mal de sauvegarder, voire relancer, la vie dans ce quartier historique. Et lutter de manière pacifique et civilisée contre l’occupation sauvage.

La réputation de la vieille ville la précède, dans les guides de voyages qui ne recommandent sa visite qu’aux plus aventureux, comme dans la bouche des Palestiniens qui n’aiment pas vraiment l’ambiance « Hamas » de la ville : conservatrice, délaissée, dangereuse, sale, on croirait se retrouver dans un endroit maudit quand on écoute les rumeurs. Pas d’alcool, pas de femme en débardeur, pas d’homme en short, pas de bises quand on se rencontre, pas de signe ostentatoire de richesse ou autre luxure.

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Pourtant, à Hébron, dans la vieille ville, il y a plusieurs choses qui sont magiques pour un étranger. D’abord, et surtout, la vie, l’âme de la ville. L’amabilité des habitants, leur disponibilité, leur envie de connaître l’Europe, de parler de politique, de raconter leurs histoires, la 1ere Intifada, la 2de, le FPLP, l’OLP et les « accords » d’Oslo, la division de la ville deux secteurs, H1 (théoriquement contrôlé par l’Autorité Palestinienne) et H2 (contrôlé par les sionistes), sans haine mais avec beaucoup de rancœur. Souvent avec humour, toujours avec une tasse de thé.

Avoir une terrasse c'est chouette. C'est encore mieux sans soldats.

Avoir une terrasse c'est chouette. C'est encore mieux sans soldats.

Ce qui est magique aussi, dans le sens extraordinaire du terme, c’est qu’en étant étranger, on peut aller là où les propres habitants de la ville ne peuvent pas aller. C’est de pouvoir passer un coin de rue et se retrouver littéralement dans un autre monde : à Tel Roumeinda, Avraham Avino ou l’une des autres colonies du centre ville. Ici, dans ces ghettos construits de toutes pièces, voulus et encouragés, le port du M 16 est autorisé et recommandé, au même titre que laIMG_5135 kippa et autres gadgets. Celui qui porte un magnum est considéré comme un gauchiste. Frapper un Palestinien est suggéré à tous les enfants des colons : les insulter semble être un devoir moral d’inspiration divine. Les colons vivent dans l’insécurité qu’ils se sont créé, s’enferment dans des murs, prient pour la justice alors qu’ils se sont cloîtrés dans des camps dans lesquels ils naissent, vont à l’école, travaillent, se marient, ont des enfants, meurent, reproduisant inlassablement le même schéma.

Jews

Leur idéal, c’est vivre dans une boite qu’ils sont les seuls à respecter. Quand on est étranger et qu’on vient à H2, on vient au zoo, voir 500 animaux dangereux, paranoïaques et fiers d’être gardés jour et nuit par 2000 soldats. Deux mille soldats, c’est plus qu’au sud-Liban. Deux mille soldats à Hébron, payé à rien foutre, si ce n’est défendre des fanatiques armés qui imposent leur loi dans la vieille ville.

Mooon

Welcome to Hebron.

Gilgamesh

Published in: on 8 juin 2009 at 6:26  Comments (1)  
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  1. bonjour,

    Je m’appel Victor Cossard, et avec une amie nous voulons réaliser un service volontaire européen l’année prochaine.

    Nous sommes tout particulièrement intéressés pour faire ce SVE en Palestine, et c’est en faisant des recherches sur cette possibilité que j’ai découvert votre blog.

    Voir que cela est possible, car vous l’avez déjà réalisé me donne de l’espoir, et donc j’aurais aimé savoir si vous pouviez nous communiquer des adresses d’associations en Palestine prêtent à accueillir des Service Volontaire Européen, ou toutes informations nous permettant d’avancer dans nos recherches.

    j’espère que vous pourrez nous aidez, car c’est un projet qui nous intéresse réellement.

    Cordialement,

    Victor Cossard.


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