Obama VS Netanyahou : year 5570

Difficile de trouver les mots justes quand on a 3761 années de diplomatie de retard sur son adversaire. Pour Obama, à défaut de comprendre le calendrier diplomatique israélien, le président américain dit « yes we can» à tout ce qu’on lui propose. Du moment qu’on ait l’impression qu’il se passe quelque chose ! Avec les professionnels israéliens de la communication, on sait d’avance qu’on en aura pour notre argent.

Ainsi, au milieu de cette année 5770,  l’adage « à chacun son drapeau, à chacun son hymne », que vient de créer Netanyahou dimanche soir, est apparu à Obama fort adapté à la situation. Et à ses ambitions de paix au Proche-Orient. Obama sait que, en cette période de disette économique, mieux vaut avoir de bons alliés pétroliers et ménager les Arabes, et que ses soucis en Irak, en Iran, en Afghanistan et au Pakistan ne pourront être allégés qu’une fois le « problème » Palestinien résolu. Et pourtant le bougre ne s’en donne pas les moyens ! En soutenant le discours de Bar Ilan, il ferme la porte qu’il venait à peine d’entrouvrir une semaine plus tôt au Caire.

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Quelque qu’eut pu être le discours prononcé par Netanyahou, on sentait déjà le scoop diplomatique dans les titres des agences de presse : « Netanyahou accepte l’idée d’un Etat palestinien démilitarisé » ont titré Le Monde, Haaretz, Yahoo News et compagnie. Mais c’est comme quand on prend un crédit sur quinze ans : l’annonce est entourée d’astérisques qu’il convient d’apprécier à leur juste valeur.

L’une d’entre elles, la plus sympa à mon goût, c’est celle qui parle d’un drapeau et d`un hymne. Ce sont les seules concessions que Benyamin Netanyahou daigne bien céder à la Palestine et à son peuple. Bibi, qui aurait un cœur et une âme selon certains, est pourtant au courant que ce n’est pas avec un drapeau et une chanson qu’on fait vivre une société. Les Palestiniens ne l’ont pas attendu : ils n’attendent d’ailleurs rien de lui. Mais c’est un point de vue qui mérite d’être salué parce qu’il annonce la couleur des volontés israéliennes, et visiblement soutenues par les USA : les choses vont changer en restant les mêmes. Et plus on utilisera de mots pour fantasmer sur la paix et ses conditions, mieux Bibi et sa troupe s’en sortiront.

Difficile de comprendre ce que Netanyahou entend par « Etat Palestinien ». Dans les accords d’Oslo, Israël reconnaît l’OLP comme chef de l’Autorité Palestinienne (tant qu’elle est désarmée) et le Conseil Législatif palestinien (bien qu’1/3 des députés soient dans les prisons israéliennes). Il reconnaît donc la légitimité des Palestiniens de se gouverner, mais sans Etat. Sans frontières. Sans liberté de circuler. Sans liberté économique. Sans cailloux à lancer. Juste avec un drapeau et un hymne. Et si ca ne leur va pas, on peut toujours les enfermer dans une cage.

Netanyahou lui-même a des problèmes avec l’unité de son pays. Il milite quotidiennement pour qu’Israël soit considéré comme un « Etat hébreu » (c’est ce qu’il demande à Abu Mazen). Cette reconnaissance, en fait moins religieuse qu’il n’y paraît, figerait le caractère juif d’Israël, limitant les revendications arabes à la Knesset, et empêchant tout droit au retour des Palestiniens exilés en 1948. Par ailleurs, il est curieux de remarquer que la France est l’un des rares pays européens à appeler de temps à autre Israël « l’Etat hébreu ».

Les autres conditions avancées par le Premier ministre Israélien pour la création d’un Etat palestinien dépassent l’entendement (et ne figurent pas sur « la feuille de route ! »). Mis à part le fait que Jérusalem est et restera la capitale exclusive d’Israël (ce qui n’est reconnu que par deux pays, les USA et l’Allemagne), Bibi a d’autres idées lumineuses pour avancer sur le chemin de la paix : « Le territoire alloué aux Palestiniens sera sans armée, sans contrôle de l’espace aérien, sans entrée d’armes, sans la possibilité de nouer des alliances avec l’Iran ou le Hezbollah » disait-il. Traduction : pas plus qu’hier les Palestiniens peuvent espérer contrôler physiquement leur territoire, et Netanyahou suggère également de limiter les possibilités intellectuelles de communication pour éviter que les Palestiniens aient la vilaine idée d’aller s’encanailler avec ces crapules de voisins islamistes. Tout ce que veut Bibi et sa Realpolitik c’est une collaboration économique avec la Cisjordanie, qui est accessoirement au bord de la banqueroute.

Bien entendu, le gèle des colonies n’est pas à l’ordre du jour (« on ne peut pas lutter contre la croissance naturelle ») et encore moins le démantèlement. Il se contentera juste de remballer de temps en temps les tentes des « postes avancés » comme j’en ai près de chez moi, des jeunes juifs complètement tarés qui s’installent à la sortie d’une ville, armés et protégés, comme s’ils faisaient du camping sauvage pour chasser le Sioux. De son côté, Obama avait explicitement refusé, comme la communauté internationale, de faire une différence entre les colonies « légales » et « sauvages ». On devrait vous féliciter pour ce « pas en avant », M. Obama ? C’est vrai, Begin avait mérité un prix Nobel de la paix pour moins que ça.

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Obama a approuvé la déclaration de Bibi, dont le point de vue est un « important pas en avant ». Peut-être pour la biographie de Netanyahou, mais sûrement pas pour les Palestiniens qui sont habitués à ce genre d’arnaque. Entre le discours du Caire (où un porte-parole de Netanyahou avait déclaré : « Le président américain a le droit de tenter de se réconcilier avec le monde musulman et faire concurrence à Al-Qaida ou l’Iran pour conquérir son cœur », ce qui peut être considéré comme une insulte ou, dans d’autres circonstances, comme un casus belli) et celui de Bar Ilan, Obama a du se faire tirer les rouflaquettes par l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee – lobby juif officiel aux USA). D’une semaine à l’autre, on le sent soudain moins brave à aller croiser le fer contre l’ordre établit du Proche-Orient. On le sent juste lâche, dépossédé de ses moyens intellectuels, pris en otage par la communication israélienne qui sévit, qu’on le veuille ou non, un peu partout sur le globe.

« Le processus de paix avance à la vitesse d’une tortue. Ce soir, Netanyahu l’a mise sur le dos » , a commenté Saeb Erekat, principal négociateur palestinien. « Président Obama, la balle est dans votre camp. Vous avez le choix, ce soir. Vous pouvez traiter Netanyahu comme un Premier ministre au-dessus des lois, refermer la voie de la paix et mettre toute la région sur celle de la violence, du chaos, de l’extrémisme et des massacres. » Obama a fait son choix. Cette année ne semble pas être de meilleure augure que les précédentes, quel que soit le calendrier sur lequel on se base.

Published in: on 15 juin 2009 at 7:55  Comments (2)  

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2 commentairesLaisser un commentaire

  1. Things are gonna change for sure, now that he got the Nobel prize…

  2. I’m glad that my brother always answer to the few things i write…but no forgiveness for these pigs, neither forgetness…
    Obama dug already his own tomb – his foreign policy tomb. Palestine is nothing more than a huge playground for the western « powers » so Obama deserves his prize ! He just entered the game, like Begin, Sadate, Rabin, Carter or other terrorists did before him. But let’s dream, let’s laugh and have fun because that’s what keep people alive all around the world


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