A PRESTO SU QUESTI SCHERMI

Bientôt sur vos écrans, un documentaire tout frais sur la vie des colons à Hébron, réalisé par Rocco et Joan-Lucas, deux journalistes italiens (pour changer). Après un an et demi passé à Tel Romeinia et Beit Romano (colonies dans Hébron), à serrer les dents et à maîtriser son vocabulaire pour s’insérer dans les familles orthodoxes et pour gagner leur confiance en tâchant de ne pas devenir fou (ou juif, ou les deux), les images dressent un tableau peu conventionnel de la vie au milieu de la secte juive orthodoxe. Par exemple, celle de ce colon (dont le nom est occulté pour protéger les coupables) qui vit dans une roulotte au milieu de la colonie, que ses propres enfants ont essayé d’incendier parce qu’il avait quitté son ancienne femme, rappelle qu’ici le meilleur comme le pire n’est rien d’autre que la volonté de Dieu. Que tout a un sens, même lorsqu’on coupe sa carotte en long et non en large, même quand pète alors qu’on pourrait serrer les fesses. Tout à un sens défini par JVH (Jahve, dont le nom ne doit pas être prononçable), et c’est ça qui est bon !

Rocco en pleine action

Rocco en pleine action

Un tiers du docu se passe aussi du côté palestinien de la ville, et nos deux journalistes ont du porter des capuches et camoufler la caméra pour ne pas se faire reconnaître par les colons et les soldats, habitués à les voir tous les jours mais de l’autre côté du checkpoint.

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L’objectif : filmer le quotidien dans un salon de coiffure de la vieille ville. En Palestine, résumer un salon de coiffure à un endroit où les cheveux sont coupés est une erreur évidente. C’est un lieu d’échanges, de rencontres, un peu comme le PMU de la gare de Mâcon, sauf qu’ici on est à Hébron et qu’il a des milliers d’histoires hallucinantes à écouter (et qu’on ne parie pas sur les chevaux). Et il y a autant d’êtres humains mystérieux à découvrir.

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Chez Hani, le maître coiffeur, on trouve tout le quartier, vieux, jeunes, gros et petits, et même parfois des roux aux yeux bleus. On y entre comme dans un moulin, et on y sort propre et beau, sans farine sur les mains. Hani prend un vilain plaisir à faire des merveilles avec les cheveux des gens (des hommes en l’occurrence). Parfois, alors qu’il est en train de manier le peigne comme s’il caressait une femme et le ciseaux comme si c’était un katana, il lâche soudain tous ses outils, enlève son tablier, se rince les mains, et quitte son salon sans un mot. L’instant d’après, la voix du muezzin résonne comme si c’était celle de Hani. Et c’est effectivement lui. Même quand il n’est pas là la porte est ouverte et certains, autodidactes, y restent des heures à se coiffer, ajuster le gel, se tailler la barbe, la moustache, les sourcils devant une demie-douzaine de miroir qui occupent les 15m2 du salon. Régulièrement, des effluves de tripes et de boyaux de la boucherie en face s’engouffrent jusqu’aux pieds des fauteuils où attendent les clients bavards. Quelques minutes plus tard, avec le retour de Hani, c’est le parfum du shampoing et du gel qui revient en force et en douceur remplacer cette odeur désagréable.

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Certains aiment aussi venir pour rien. Ils s’assoient, patientent, fument des clopes, et de temps en temps, racontent leur vie, leur quotidien, leurs soucis, leurs amours, leurs espoirs ? Quand ils commencent, ça ne s’arrête plus. Et c’est le moment, pour ces vicieux de journalistes, de lancer la caméra.

Filmer là-dedans, avec une steady cam improvisée, c’est un vrai bonheur. Depuis une semaine, on est venu tous les jours pour les habituer et rencontrer les meilleurs personnages. Le meilleur d’entre eux, c’est sûrement Saïd, l’aîné d’une famille qui habite à deux pas du salon de coiffure, et dont la terrasse sur le toit est partagée entre les colons d’un côté et les soldats de l’autre.

Said

Said

De nombreuses fois sa famille a été invitée à quitter la maison pour que les juifs puissent s’y installer, comme c’est le cas dans les maisons voisines. Après les invitations, il y a eu les menaces, puis une bousculade qui a couté la santé mentale à son plus jeune frère, qui s’est violemment cogné contre un mur. Une autre altercation avec les soldats avait précipité sa mère enceinte dans les escaliers, qui a fait une fausse couche. Puis il y a eu le cocktail molotov dans la chambre d’un des enfants, qui a carbonisé la pièce. Celle-ci a été conservée telle quelle, pour être montrée aux touristes. Une vingtaine d’entre eux visitent chaque semaine cette maison de la résistance, et Saïd est devenu un véritable guide dans la vieille ville, et un très bon parleur. Du haut de ses 20 ans, il est habitué aux appareils photo, et maintenant aux caméras.

En filmant ces extraits de vie, qui n’ont rien de confessions mais du quotidien, sans mise en scène, on emporte forcément une partie des ombres, des secrets qu’on rencontre rarement quand la caméra est allumée. Dans ce salon de coiffure, on rencontre de tout et n’importe quand.

An dbig thanks to Moussa

An dbig thanks to Moussa

Gilgamesh

Published in: on 17 juin 2009 at 2:48  Comments (3)  
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3 commentairesLaisser un commentaire

  1. Hi,
    I would like to get in touch with Rocco and Joan-Luca, I met them both in Jerusalem and Rocco help me a lot with my school project in Hébron. I’m now in contact with a journalist in Canada that would be interrested in meeting them as soon as possible to talk about their documentary, and the phone number that I got is not working anymore.

    Thanks for your help,
    Geneviève

  2. Est-ce possible d’acheter le documentaire….?

    • Dès qu’il sera sorti je mettrais le lien pour se le procurer🙂


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