Un titre c’est utile quand l’article est vendu

Avant de partir, tout le monde s’en allait déjà. C’était la fin d’un passage, d’un rêve, d’une source , d’un souffle, d’une visite, vulgairement la fin d’une session en Palestine. Les gens se retiraient, comme pour laisser la place à l’hiver ou aux nouveaux naïfs, découvrant une terre imprévue.

Du coup, l’ambiance s’annonçait morose et les paysages sonnaient les cloches de la fin. On oubliait les défis qu’on s’était donné et on les remettait à « next time we’ll be there », on disait beaucoup au-revoir et on s’embrassait, on buvait les derniers thés, on planifiait l’avenir, aussi.

Envie

Si je n’ai pas écrit pendant des mois c’est parce que je n’avais pas envie d’écrire. Pas envie de raconter, d’expliquer, d’être cynique, de chercher à montrer ce qu’est la Palestine, de me moquer ou de vomir encore et encore sur les colons, sur le fascisme, sur ce qui me côtoyait et se croyait chez lui.

Retour

La dernière fois que j’ai écrit je revenais de Bi’lin, où je ne suis d’ailleurs jamais retourné, et les choses ont bien changé depuis. Si j’avais écrit quelques heures avant de partir de Hébron, Dieu seul sait ce que j’aurais fait, mais j’aurais peut-être écrit à quel point j’avais mal au ventre et je n’arrivais ni à manger ni à fumer, ni à m’amuser à cette soirée arrosée à Bethleem, ou m’émerveiller devant le match de foot, ou fumer le narguilé et me sentir autrement que coincé, appréhendant la suite et reconnaissant ce qui m’avait été donné et que j’avais vécu comme si ces six mois était passés en 7 jours, et que j’étais toujours aussi con qu’avant. Et puis j’avais perdu pas mal de mots en français, Dieu seul sait pourquoi, suffisamment pour ne pas être très capable d’écrire.

Partir

J’étais content de partir de Hébron pas parce que 6 mois en Palestine c’est dur ou c’est mou ou c’est acide ou c’est velouté, mais parce que ça faisait parti de mon projet et parce que j’en avais assez reçu d’un coup. Il ne faut pas abuser des bonnes choses, pas vrai ?

Et du coup, en prévoyant le pire à l’aéroport et le meilleur à l’arrivée, on se remet vite à la vitesse et à la banalité qui caractérisent nos contrées modernes, paisibles et ennuyeuses, qu’on reconnaît par leur habitude de consommation extravagante et leurs frontières ouvertes, leur violence nocturne, leurs jeunes hippies et leur diplomatie active.

Salopards

Des choses ordinaires qui m’auraient presque fait oublier qu’il y a des salopards qui pourrissent le centre-ville d’Hébron. J’aimerais bien être juge d’instruction.

Scalper

L’aéroport, c’est (marhaba shinbet t’a rien d’autre à foutre à cette heure-ci ?) des heures de stress (ça m’arrive), supprimer les colonnes de programmes, de photos, de films, de documents dans le pc, dans l’appareil photo, c’est vider le téléphone de ses chers numéros quotidiens, c’est préparer l’envoi de colis importants vers l’Europe, c’est s’habiller comme pour un entretien, c’est manger léger, c’est oublier les problèmes que traverse le Parti Socialiste Phremssai, c’est préparer des slogans naïfs et des réponses consensuels, pour finalement passer comme une fleur en annonçant fièrement qu’on est une troupe de troubadours espagnols, et ça passe (après le -long- contrôle anti molécule bizarre dans les affaires de ton sac).

Mario Bros

Psychologiquement, l’aéroport, c’est se créer une bulle qui t’emmène directement sur le siège de l’avion, un peu comme une warpzone dans Mario Bros. L’aéroport, c’est un passage obligé et redouté, et beaucoup de légendes (rurales) circulent là-dessus. Ce serait bien de les rendre fiables. Mais c’est vrai que chaque passage à l’aéroport change d’une fois à l’autre, selon la tête du client, selon le profil.

Ignacio de Loyyola

Il y a des choses qui manquent de rationnel pour être raconté. C’est pourquoi il est souvent plus aisé de dessiner, de filmer, de montrer ou d’inviter. Et je vous invite tous autant que vous êtes (?) à venir faire un tour à cet endroit qui jouxte la Jordanie à l’ouest, qu’on appelle de manière neutre la Cisjordanie, où vous rencontrerez, qui que vous soyez, quoi que vous attendiez, des gens qui vous accueilleront comme si vous étiez leur fils ou leur fille, qui vous donneront des choses que vous mettriez bien des années à trouver à Paris, à Nice ou à Strasbourg (ou même à Sochaux !). Ces gens-là, croyez-moi, vous ne ne pourrez pas les dessiner et difficilement en parler.

Terre

D’ailleurs je n’en parlerais pas. Et c’est pour ça que j’étais blasé en partant de là-bas. Les gens vous font oublier qu’il y a tellement de choses horribles et étrangement immorales.

Qu’est-ce qu’une identité nationale en Terre Sainte ? Un peuple effrayé et artificiel, menteur et vendant un autre temps au plus offrant ou des gens qui vous donnent de quoi vivre, de quoi être ivre, de quoi écrire des livres ?

Sainte

Combien de livres et de combinaisons pour ne toujours pas savoir à quel point c’est un peuple qui a des droits qui ne sont pas écrits dans les livres ? Et qu’on n’écrira pas, parce qu’il y a des choses qui ne se disent pas.

Je n’attends que d’y retourner. La France et l’Europe est une région extrêmement libre, et il fait bon s’y promener. Mais il fait mauvais y travailler ou y espérer.

Chaque chose en son temps. Maintenant Hébron m’attend, et si ce n’est pas le cas, je m’y inviterais, pour une fois.

Shub-Niggurath

Published in: on 9 décembre 2009 at 1:35  Comments (1)  
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  1. Amen !


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