Le verbe et le glaive

On a cru qu’il ne s’y passerait rien. Le sommet sur le racisme de l’ONU s’est tenu à Genève du 20 au 24 avril dernier, et était boycotté par de nombreux poids lourds du monde libre : Etats-Unis, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Pays-bas, Allemagne, Pologne, Italie…Rien que ça ! On a failli croire que lutter contre le racisme n’était plus à la mode. Heureusement, les pays présents ont pu adopter «un texte antiraciste majeur», comme s’en est félicité Mr Kouchner. La preuve : on y souligne «la détresse des Palestiniens» et le droit à l’existence d’Israël. En effet, c’est bien connu que l’existence de la première puissance militaire de la région est menacé tous les jours, et que des projets de génocide juif sont en cours, comme l’a rappelé Nethanyaou à l’occasion de la commémoration de la Shoah en Israël, le 21 avril.
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Comme en 2001, les pays occidentaux craignaient de voir la conférence tourner en un défouloir verbal anti israélien. Du coup, ils ont déserté la tribune de l’ONU, cette instance à laquelle ils contribuent pourtant financièrement, et qui a créé des centaines d’écoles, de centres hospitaliers et des agences d’informations en Palestine pour palier aux conséquences de l’occupation israélienne. De toute manière, ce n’est jamais le bon moment, quelle que soit l’assemblée, de parler d’Israël.
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On constate, une fois de plus, que les mots sont plus importants que les morts, qu’on prend le verbe plus au sérieux que le glaive : lors de la «riposte excessive» à Gaza entre décembre et janvier 2009, aucun Etat occidental n’a rien dit de déterminant pour condamner le massacre. Pendant ce sommet, l’Iran s’est effectivement lancé dans des pamphlets anti-sionistes, et le monde a crié au scandale, les diplomates se sont étranglés et les délégations ont fuient (pour ensuite revenir lorsque la tempête fut passée). En l’occurrence, le président iranien Ahmadinejad a notamment déclaré : «En 1945, les Alliés ont envoyé des migrants d’Europe, des Etats-Unis et du monde de l’Holocauste pour établir un gouvernement raciste en Palestine occupée (…) Des efforts doivent être faits pour mettre un terme aux abus des sionistes et de (leurs) partisans». C’est la citation qui a été reprise par tous les médias, sur les trois paragraphes antisionistes qu’on peut trouver dans le discours, qui ne compte pas moins de cinquante paragraphes parlant de la pauvreté dans le monde, du racisme, de la crise économique et de la nécessité d’agir ensemble pour lutter contre les injustices en général.

La différence est là, mais tous font semblant de ne pas la comprendre

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Dans cet extrait, beaucoup de commentateurs, dont des ministres et des diplomates, y ont vu de la propagande antisémite, telle qu’on la concevait au XIX e siècle. Pourtant, les temps ont bien changé, et même l’Iran, réputé pour ses diatribes violentes, ne condamne pas la religion juive, mais le sionisme. La différence est là, mais tous font semblant de ne pas la comprendre. Le gouvernement norvégien a déclaré qu’il s’agissait pour Mr Ahmadinejad d’une tactique électorale. Pourtant, depuis 2005, le président Iranien n’a pas changé de point de vue, enjeux électoral ou non.
On peut d’ailleurs noter que l’Iran, en faisant référence à l’Holocauste, reconnaît son existence.

C’est vrai que pour Israël il aurait été difficile de faire croire devant une assemblée internationale réunie à Genève (en territoire neutre, patrie des conventions internationales qui donnent le ton en matière de respect des droits humains, des armes de guerre légales, du traitement des prisonniers, etc.) que la politique de ses gouvernements successifs n’a œuvré que pour la paix et les droits de l’homme dans et à l’extérieur de ses frontières. Des frontières qui ne sont reconnues par personne, ni même par Israël puisqu’il les pousse toujours plus loin à coup de canons et de colonies, facilité par le fait qu’Israël ne possède pas de Constitution. Même à l’intérieur de ses frontières, les Juifs n’ont pas le même statut social s’ils sont rescapés de la Shoah, s’ils sont ashkénazes ou séfarades, sans parler des falachas éthiopiens, ou des 20% « d’israéliens arabe » (c’est-à-dire des Palestiniens). Le parti arabe israélien Balad était à Genève pour le rappeler.
Israël, tout récemment, a décidé qu’il ne participerait pas à l’enquête de l’ONU sur les massacres à Gaza dont il est responsable. Pas plus qu’en 2006 avec l’échec au Liban. Israël a été reconnu par l’OLP lors des accords d’Oslo en 1994, mais Israël n’a pas reconnu l’Etat palestinien, et a toujours poursuivi l’extension des colonies en Cisjordanie. Tout ça ne fait pas très «démocratie», même pas au Proche-Orient.

Il y a un mur de séparation entre la vérité et la tradition. La vérité, c’est qu’il faut ralentir les soutiens à Israël. La tradition, c’est de donner carte blanche à un pays qui invoque la Shoah à chaque critique. Quitte à boycotter une conférence internationale sur un sujet qui concerne toutes les sociétés du monde, qu’elle soit blanche, noire, de ce siècle ou d’un autre.

Gilgamesh

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Published in: on 26 avril 2009 at 11:19  Comments (6)  
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Le plus important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage

La presse écrite traverse une période douloureuse. Elle découvre avec dégoût la principale crise de son histoire, et ne la traverse pas sans dégâts. Pas seulement la presse française, mais dans bien des pays européens la chute du lectorat est vertigineuse. Elle défie leur stabilité économique et les mesures prises pour la redresser, car rien n’est gagné, ni pour les journaux, ni pour la pluralité de l’opinion publique.


Le journal quotidien Libération peut servir en bien des points à déterminer quelles sont les causes de cette pathologie de la presse, autant qu’on puisse les déterminer, et quels sont les remèdes miracles que concoctent dans leurs laboratoires ces nouveaux actionnaires alchimistes, qu’ils déversent comme un gaz hilarant sur les salariés du journal en quarantaine.

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Published in: on 4 janvier 2008 at 6:50  Comments (1)  

Qui veut de Libération ?

Le Figaro racheté par Dassault, le Monde recapitalisé par Lagardère, Libération renfloué par Rothschild…

Mais qu’est-ce qui a changé à Libération ? Depuis un peu plus d’un an, lors du rachat du groupe par l’homme d’affaire Edouard de Rothschild, descendant de la branche française de la glorieuse famille Rothschild du 17ème siècle, les choses ne sont plus très claires. Les « Libés », les journalistes et employés de Libération ne savent plus où donner de la tête. La réalité leur aurait-elle joué un tour ? Il remettent peu à peu en question les idées et valeurs de leur journal qu’ils entretenaient depuis sa fondation en 1973, et se font du soucis non seulement sur leur avenir de gens de plume, mais surtout pour le quotidien entier. Et il y a de quoi s’inquiéter…

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Published in: on 4 janvier 2008 at 6:32  Comments (1)  

Mediapart en guerre contre le paysage médiatique français

Marre que certains journaux nationaux puissent appartenir à la fois à un sénateur et à un marchand d’armes comme Serge Dassaut ? Marre de cliquer vingt fois sur les publicités pour qu’elles disparaissent de vos médias Internet préférés ? Mediapart, un nouveau site qui sera lancé en mars 2008 (mais existe déjà au stade du prototype), propose une alternative alléchante aux médias en ligne traditionnels. A mon tour d’en faire la promotion.

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Published in: on 17 décembre 2007 at 12:44  Laisser un commentaire  

L’Allemagne enterre ses « années de plomb »

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On savait que l’Allemagne était régulièrement hanté par les démons du passé. Mais pour la première fois, elle a décidé de tourner une page de son histoire le 24 octobre dernier en rendant hommage aux victimes de la RAF (Rote Armee Fraktion)…

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Published in: on 12 décembre 2007 at 11:02  Laisser un commentaire