Donner des cours et recevoir des leçons

Une de mes activités détente à Hébron est de donner des cours de français à une poignée de Palestiniens de l’université. Parfois c’est au centre culturel Hébron-France, parfois c’est chez moi. Aujourd’hui, c’est mercredi, il est 16h et il fait sacrément chaud. J’attends Salah, une élève Palestinienne que je vais aider à rédiger un mémoire.

A droite Beit Romano (colonie), au fond à droite le Handallah's café et à gauche c'est chez moi

A droite Beit Romano (colonie), au fond à droite le Handallah's café et à gauche c'est chez moi

Elle m’appelle pour me dire qu’elle est au checkpoint à l’entrée ouest de la ville. Ca prendra peut-être du temps, peut-être pas. Je décide de l’attendre au Handallah’s Cafe, pas loin de chez moi, et d’y boire un thé ou deux. Là-bas, il y a Samir, un jeune homme blanc aux mille tâches de rousseurs qui fait office de barman. Il ne parle pas vraiment anglais, mais s’applique pour bien articuler l’arabe. En répétant et en faisant quelques signes, j’arrive à comprendre trois quatre choses. Il persévère. Il veut savoir d’où je viens en France. Le verbe ne suffisant pas, je prend une feuille de papier et je m’applique à y dessiner une carte de l’Europe de l’ouest.

J’y place les deux principales places fortes, Paris et Strasbourg. Alors que je suis fier de moi, il ne m’offre qu’un petit sourire en retour. Il prend la feuille et commence à dessiner à son tour. Sa place forte à lui, c’est al Aqsa. Il ne plus y aller depuis bien des années.

(suite…)

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Published in: on 23 juin 2009 at 4:58  Comments (1)  
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Welcome to Hebron

« Welcome to Hebron ! » résonne tous les jours dans la vieille ville (de Hébron !), parfois changé en « Ahlan wa sahlan fi Khalil », ce qui veut dire la même chose. Quand on est blanc, agrémenté de piqûres de moustiques, qu’on a un sac à dos et un appareil photo en bandoulière, qu’on marche lentement en regardant en haut, en bas, à gauche et à droite comme si on se promenait dans un musée en plein air, ça ne rate pas, chaque mètre qu’on traverse dans les méandres de la vieille ville est rythmé par les « Come and see my shop », « Good price for you my friend », « Where are you from ? I love German people !» et aussitôt votre bras se retrouve serré et absorbé vers un magasin ou un autre, parfois vers deux en même temps. Même après avoir acheté une poterie, un bracelet ou un paquet de biscuits, le même rituel recommencera inlassablement. Au bout de quelques jours, lorsque les commerçants réalisent quel mauvais client vous êtes, le phénomène s’estompe.

Child

L’étape suivante, c’est de ressembler à un Palestinien. Quand on bronze un peu, qu’on opte pour une coupe de cheveux à la Palestinienne, qu’on pose son appareil photo et qu’on arrive à s’orienter dans les ruelles comme si on y avait passé son enfance et qu’on peut enchaîner environ 7 mots d’arabe, chaque coin de rue recel d’invitations pour le café ou le thé, les prix baissent tout d’un coup, les enfants arrêtent de réclamer des shekels, chaque visage devient familier et les Palestiniens, comme les soldats, vous interpellent en arabe ou en hébreu.

Un des rendez-vous quotidien de la vieille ville, c’est ses toits. Que ce soit chez Saïd, chez Amar, chez la Christian Peacemaker Team ou ailleurs, passer son temps sur les toits c’est se rapprocher du ciel, c’est respirer un peu plus librement que dans les ruelles serrées du dessous, c’est pouvoir regarder au-delà des murs de la ville dans laquelle je reste 5 jours sur 7. C’est aussi réaliser combien de rues, dans cette partie de la ville sous administration israélienne,

C'est simple : les Palestiniens marchent sur le trottoir à droite, les colons ont le reste de la rue

C'est simple : les Palestiniens marchent sur le trottoir à droite, les colons ont le reste de la rue

sont réservées aux colons. C’est constater que la ville s’arrête là où commencent les colonies, Qyriat Arba et compagnie. C’est pouvoir observer, à chaque fois qu’on cherche l’horizon depuis ces toits, les tours d’observations qui concurrencent les minarets, les checkpoint qui annoncent les limites de la ville, les drapeaux israéliens qui flottent par-ci-par-là autour de la mosquée d’Abraham comme si les colons venaient de marcher sur la lune, de découvrir une terre vierge et inconnue. Comme si leur besoin vital, animal, de marquer leur territoire avec des drapeaux était plus noble que de jeter leurs ordures et des pierres sur la tête des Palestiniens, comme ils le font dans la vieille ville.

Pourquoi mettre ses ordures dans une poubelle quand on peut les jetter sur ses voisins ?

Pourquoi mettre ses ordures dans une poubelle quand on peut les jetter sur ses voisins ?

Du coup, à cause des colonies et des restrictions de circulations dans la vieille ville, les clients ne sont pas bien nombreux dans cette partie de la ville, délaissée par la majeure partie des Hébronites. Avant 1997, c’était là que se trouvait le marché le plus important la ville ; il est aujourd’hui déplacé et éclaté plusieurs centaines de mètres plus haut. Des milliers d’habitants ont dû quitter leurs maisons ces dix dernières années. Les expulsions, en Palestine, ce n’est pas qu’en 1948.

mosk

Les trois quart des magasins sont fermés Ceux qui restent ouverts reçoivent 200 euros par mois de l’Union Européenne ; les habitants de la vieille ville ne paient ni loyer, ni frais d’eau ou d’électricité. Tout est fait pour essayer tant bien que mal de sauvegarder, voire relancer, la vie dans ce quartier historique. Et lutter de manière pacifique et civilisée contre l’occupation sauvage. (suite…)

Published in: on 8 juin 2009 at 6:26  Comments (1)  
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First Step in P

L’image qu’on se fait de la Palestine en lisant des livres, en cherchant des informations, en regardant des documentaires, est parfois assez proche de la réalité. On croit connaître beaucoup de choses. Mais lorsqu’on y met les pieds finalement, on comprend qu’il y a quelque chose qu’aucun livre n’est capable de transmettre. Une sensation qui n’est pas traduit par un mot. Avant de monter dans l’avion, et en arrivant, la terre tremble, le sang se fige, le rêve se déforme. La Terre sainte.

Landscape
Bethléem

A force d’en entendre parler comme d’un fantasme, on finit presque par se demander si cet endroit magique, lointain et omniprésent dans les discussions internationales existe vraiment. On se prend une claque quand on regarde la première fois le paysage, de Beit Sahour vers la colonie d’en face, à travers les collines où sont rangés les oliviers, après avoir passé le check point de Bethléem comme s’il s’agissait du péage à l’ouest de Nancy. (suite…)

Published in: on 8 juin 2009 at 4:19  Laisser un commentaire  
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