Mental boundary

On a beau avoir peu de culture sur la région, il y a des choses qui surprennent. Il y a des choses qui fâchent, qui sont lâches, mais qui méritent d’être écoutées. Au moins une fois.

Lundi début d’après-midi, pendant un innocent (et classique) mois de juillet. Un jour de congé pour quitter Hébron, ce n’est pas monnaie courante, et pourtant pas non plus la mer à boire.

Inlassable découverte de Jérusalem, la ville des villes. Comparée à Hébron, c’est le jour et la nuit.

A l’ouest cette fois, pour une “manifestation”. Il faut savoir qu’elles n’ont rien à voir avec ce qu’on a l’habitude de faire en France ou dans les environs européens.

Against demolition

Un stand de fortune monté sur une place publique, devant un centre commercial, un centre nerveux du côté juif de la ville. Beaucoup d’internationaux, comme d’habitude, pour protester contre les ordres de démolitions de maisons à l’est de la ville, le côté arabe (Palestinien). Allemands, Français, Américains, Argentins, Tchèques, Irlandais, activistes Israéliens, tous distribuent des tracts, boivent du thé glacé, font les troubadours et haranguent les passants.

Tea Florida


Quelques Israéliens s’arrêtent et joignent la partie, d’autres juifs s’arrêtent et commencent par froncer les sourcils. Certains entament la conversation par « qu’est-ce que vous connaissez de ce pays, vous n’êtes pas d’ici vous pouvez tous sucer ma bite ». Après s’être un peu énervé, l’un d’entre eux assure avoir envie de « shot you all, I have experience in this ». And we believe it.

J’en profite pour répéter ce qu’il a dit à quelques Français. Il se retourne, me regarde, tend sa main tremblante de nervosité et hurle en français (il est algérien) : « Tu ferais mieux de la fermer parce que vous êtes mal placé en France pour donner des leçons, vu ce que vous faites aux juifs depuis dix ans. Ilan Halimi ça te dit quelque chose ?» J’étais en train de me marrer de ses conneries, mais ma langue paternelle m’interpelle : « Et vous qu’est-ce que vous faites depuis dix ans à Hébron ? » Là son visage tend vers le rouge :

(suite…)

Publicités
Published in: on 14 juillet 2009 at 8:55  Comments (1)  
Tags: , , , ,

Donner des cours et recevoir des leçons

Une de mes activités détente à Hébron est de donner des cours de français à une poignée de Palestiniens de l’université. Parfois c’est au centre culturel Hébron-France, parfois c’est chez moi. Aujourd’hui, c’est mercredi, il est 16h et il fait sacrément chaud. J’attends Salah, une élève Palestinienne que je vais aider à rédiger un mémoire.

A droite Beit Romano (colonie), au fond à droite le Handallah's café et à gauche c'est chez moi

A droite Beit Romano (colonie), au fond à droite le Handallah's café et à gauche c'est chez moi

Elle m’appelle pour me dire qu’elle est au checkpoint à l’entrée ouest de la ville. Ca prendra peut-être du temps, peut-être pas. Je décide de l’attendre au Handallah’s Cafe, pas loin de chez moi, et d’y boire un thé ou deux. Là-bas, il y a Samir, un jeune homme blanc aux mille tâches de rousseurs qui fait office de barman. Il ne parle pas vraiment anglais, mais s’applique pour bien articuler l’arabe. En répétant et en faisant quelques signes, j’arrive à comprendre trois quatre choses. Il persévère. Il veut savoir d’où je viens en France. Le verbe ne suffisant pas, je prend une feuille de papier et je m’applique à y dessiner une carte de l’Europe de l’ouest.

J’y place les deux principales places fortes, Paris et Strasbourg. Alors que je suis fier de moi, il ne m’offre qu’un petit sourire en retour. Il prend la feuille et commence à dessiner à son tour. Sa place forte à lui, c’est al Aqsa. Il ne plus y aller depuis bien des années.

(suite…)

Published in: on 23 juin 2009 at 4:58  Comments (1)  
Tags: , , , , , , ,

Palestinian ID and wrong ideas

Les cartes d’identité Palestiniennes doivent être celles qui ont le moins de signification juridique dans le monde. C’est le prix à payer quand un pays est le vassal de son voisin. Il faut partir du principe que la Palestine, malgré les accords signés, la « feuille de route » et le « processus de paix », n’est pas vraiment un pays :

  • Les frontières sont celles qui sont décidées par Israël (cf le Mur et les nouvelles frontières), donc d’une année à l’autre le pays peut avoir une forme différente. Par conséquence, la propriété terrienne privée peut être réquisitionnée par Israël à n’importe quel moment (préavis d’une à deux semaines)

  • La monnaie nationale est israélienne

  • Les services d’eau, d’électricité et de gaz en Palestine sont gérées par des compagnies israéliennes

  • Les produits sont bien souvent écrits en hébreu, ceux qui sont exportés portent l’étiquette « made in Israël » pour bénéficier des avantages commerciaux qu’Israël a signé avec les pays complices

  • L’espace maritime et aérien en Palestine est réservé à l’exploitation israélienne, tout comme les routes : les meilleures routes sont simplement interdites aux voitures qui possèdent la plaque verte (palestinienne). Pas la peine de parler des restrictions de mouvements en ce qui concerne les checkpoint et autres barrages dans et autour des villes palestiniennes

  • Sur 132 députés que compte le Parlement national Palestinien, 41 sont dans des prisons israéliennes, ainsi que deux ministres, pour des durées variables

  • Etc

  • Etc

La seule organisation internationale qui reconnaît officiellement l’Etat palestinien est la FIFA.

(suite…)

Published in: on 23 juin 2009 at 1:19  Laisser un commentaire  
Tags: , , , ,

Le verbe et le glaive

On a cru qu’il ne s’y passerait rien. Le sommet sur le racisme de l’ONU s’est tenu à Genève du 20 au 24 avril dernier, et était boycotté par de nombreux poids lourds du monde libre : Etats-Unis, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Pays-bas, Allemagne, Pologne, Italie…Rien que ça ! On a failli croire que lutter contre le racisme n’était plus à la mode. Heureusement, les pays présents ont pu adopter «un texte antiraciste majeur», comme s’en est félicité Mr Kouchner. La preuve : on y souligne «la détresse des Palestiniens» et le droit à l’existence d’Israël. En effet, c’est bien connu que l’existence de la première puissance militaire de la région est menacé tous les jours, et que des projets de génocide juif sont en cours, comme l’a rappelé Nethanyaou à l’occasion de la commémoration de la Shoah en Israël, le 21 avril.
durban-2-avocat
Comme en 2001, les pays occidentaux craignaient de voir la conférence tourner en un défouloir verbal anti israélien. Du coup, ils ont déserté la tribune de l’ONU, cette instance à laquelle ils contribuent pourtant financièrement, et qui a créé des centaines d’écoles, de centres hospitaliers et des agences d’informations en Palestine pour palier aux conséquences de l’occupation israélienne. De toute manière, ce n’est jamais le bon moment, quelle que soit l’assemblée, de parler d’Israël.
antis-mitisme-ogre
On constate, une fois de plus, que les mots sont plus importants que les morts, qu’on prend le verbe plus au sérieux que le glaive : lors de la «riposte excessive» à Gaza entre décembre et janvier 2009, aucun Etat occidental n’a rien dit de déterminant pour condamner le massacre. Pendant ce sommet, l’Iran s’est effectivement lancé dans des pamphlets anti-sionistes, et le monde a crié au scandale, les diplomates se sont étranglés et les délégations ont fuient (pour ensuite revenir lorsque la tempête fut passée). En l’occurrence, le président iranien Ahmadinejad a notamment déclaré : «En 1945, les Alliés ont envoyé des migrants d’Europe, des Etats-Unis et du monde de l’Holocauste pour établir un gouvernement raciste en Palestine occupée (…) Des efforts doivent être faits pour mettre un terme aux abus des sionistes et de (leurs) partisans». C’est la citation qui a été reprise par tous les médias, sur les trois paragraphes antisionistes qu’on peut trouver dans le discours, qui ne compte pas moins de cinquante paragraphes parlant de la pauvreté dans le monde, du racisme, de la crise économique et de la nécessité d’agir ensemble pour lutter contre les injustices en général.

La différence est là, mais tous font semblant de ne pas la comprendre

1186804188
Dans cet extrait, beaucoup de commentateurs, dont des ministres et des diplomates, y ont vu de la propagande antisémite, telle qu’on la concevait au XIX e siècle. Pourtant, les temps ont bien changé, et même l’Iran, réputé pour ses diatribes violentes, ne condamne pas la religion juive, mais le sionisme. La différence est là, mais tous font semblant de ne pas la comprendre. Le gouvernement norvégien a déclaré qu’il s’agissait pour Mr Ahmadinejad d’une tactique électorale. Pourtant, depuis 2005, le président Iranien n’a pas changé de point de vue, enjeux électoral ou non.
On peut d’ailleurs noter que l’Iran, en faisant référence à l’Holocauste, reconnaît son existence.

C’est vrai que pour Israël il aurait été difficile de faire croire devant une assemblée internationale réunie à Genève (en territoire neutre, patrie des conventions internationales qui donnent le ton en matière de respect des droits humains, des armes de guerre légales, du traitement des prisonniers, etc.) que la politique de ses gouvernements successifs n’a œuvré que pour la paix et les droits de l’homme dans et à l’extérieur de ses frontières. Des frontières qui ne sont reconnues par personne, ni même par Israël puisqu’il les pousse toujours plus loin à coup de canons et de colonies, facilité par le fait qu’Israël ne possède pas de Constitution. Même à l’intérieur de ses frontières, les Juifs n’ont pas le même statut social s’ils sont rescapés de la Shoah, s’ils sont ashkénazes ou séfarades, sans parler des falachas éthiopiens, ou des 20% « d’israéliens arabe » (c’est-à-dire des Palestiniens). Le parti arabe israélien Balad était à Genève pour le rappeler.
Israël, tout récemment, a décidé qu’il ne participerait pas à l’enquête de l’ONU sur les massacres à Gaza dont il est responsable. Pas plus qu’en 2006 avec l’échec au Liban. Israël a été reconnu par l’OLP lors des accords d’Oslo en 1994, mais Israël n’a pas reconnu l’Etat palestinien, et a toujours poursuivi l’extension des colonies en Cisjordanie. Tout ça ne fait pas très «démocratie», même pas au Proche-Orient.

Il y a un mur de séparation entre la vérité et la tradition. La vérité, c’est qu’il faut ralentir les soutiens à Israël. La tradition, c’est de donner carte blanche à un pays qui invoque la Shoah à chaque critique. Quitte à boycotter une conférence internationale sur un sujet qui concerne toutes les sociétés du monde, qu’elle soit blanche, noire, de ce siècle ou d’un autre.

Gilgamesh

Published in: on 26 avril 2009 at 11:19  Comments (6)  
Tags: , , ,