Un titre c’est utile quand l’article est vendu

Avant de partir, tout le monde s’en allait déjà. C’était la fin d’un passage, d’un rêve, d’une source , d’un souffle, d’une visite, vulgairement la fin d’une session en Palestine. Les gens se retiraient, comme pour laisser la place à l’hiver ou aux nouveaux naïfs, découvrant une terre imprévue.

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Published in: on 9 décembre 2009 at 1:35  Comments (1)  
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Bi’lin, révolution hebdomadaire

Ca se passe tous les vendredi, dans le village de Bi’lin, à 15 minutes de Ramallah. Une portion du Mur est en construction sur des terrains agricoles Palestiniens, amputant le village de ses ressources, de son travail, de sa propriété, de son honneur, de son avenir. Et le mettant à l’ombre du monstre de béton, de ses tourelles et caméras, des barbelés et de toutes ces belles choses qui permettent à Israël de s’agrandir en bafouant toutes les lois.

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Depuis les années 80, le village a perdu 60% de ses terrains exploitables ; les intimidations et les arrestations parmi les habitants du village sont régulières. C’est devenu l’un des rendez-vous hebdomadaire inévitable en Palestine occupée.

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Published in: on 14 juillet 2009 at 6:29  Comments (1)  
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Donner des cours et recevoir des leçons

Une de mes activités détente à Hébron est de donner des cours de français à une poignée de Palestiniens de l’université. Parfois c’est au centre culturel Hébron-France, parfois c’est chez moi. Aujourd’hui, c’est mercredi, il est 16h et il fait sacrément chaud. J’attends Salah, une élève Palestinienne que je vais aider à rédiger un mémoire.

A droite Beit Romano (colonie), au fond à droite le Handallah's café et à gauche c'est chez moi

A droite Beit Romano (colonie), au fond à droite le Handallah's café et à gauche c'est chez moi

Elle m’appelle pour me dire qu’elle est au checkpoint à l’entrée ouest de la ville. Ca prendra peut-être du temps, peut-être pas. Je décide de l’attendre au Handallah’s Cafe, pas loin de chez moi, et d’y boire un thé ou deux. Là-bas, il y a Samir, un jeune homme blanc aux mille tâches de rousseurs qui fait office de barman. Il ne parle pas vraiment anglais, mais s’applique pour bien articuler l’arabe. En répétant et en faisant quelques signes, j’arrive à comprendre trois quatre choses. Il persévère. Il veut savoir d’où je viens en France. Le verbe ne suffisant pas, je prend une feuille de papier et je m’applique à y dessiner une carte de l’Europe de l’ouest.

J’y place les deux principales places fortes, Paris et Strasbourg. Alors que je suis fier de moi, il ne m’offre qu’un petit sourire en retour. Il prend la feuille et commence à dessiner à son tour. Sa place forte à lui, c’est al Aqsa. Il ne plus y aller depuis bien des années.

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Published in: on 23 juin 2009 at 4:58  Comments (1)  
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Palestinian ID and wrong ideas

Les cartes d’identité Palestiniennes doivent être celles qui ont le moins de signification juridique dans le monde. C’est le prix à payer quand un pays est le vassal de son voisin. Il faut partir du principe que la Palestine, malgré les accords signés, la « feuille de route » et le « processus de paix », n’est pas vraiment un pays :

  • Les frontières sont celles qui sont décidées par Israël (cf le Mur et les nouvelles frontières), donc d’une année à l’autre le pays peut avoir une forme différente. Par conséquence, la propriété terrienne privée peut être réquisitionnée par Israël à n’importe quel moment (préavis d’une à deux semaines)

  • La monnaie nationale est israélienne

  • Les services d’eau, d’électricité et de gaz en Palestine sont gérées par des compagnies israéliennes

  • Les produits sont bien souvent écrits en hébreu, ceux qui sont exportés portent l’étiquette « made in Israël » pour bénéficier des avantages commerciaux qu’Israël a signé avec les pays complices

  • L’espace maritime et aérien en Palestine est réservé à l’exploitation israélienne, tout comme les routes : les meilleures routes sont simplement interdites aux voitures qui possèdent la plaque verte (palestinienne). Pas la peine de parler des restrictions de mouvements en ce qui concerne les checkpoint et autres barrages dans et autour des villes palestiniennes

  • Sur 132 députés que compte le Parlement national Palestinien, 41 sont dans des prisons israéliennes, ainsi que deux ministres, pour des durées variables

  • Etc

  • Etc

La seule organisation internationale qui reconnaît officiellement l’Etat palestinien est la FIFA.

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Published in: on 23 juin 2009 at 1:19  Laisser un commentaire  
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A PRESTO SU QUESTI SCHERMI

Bientôt sur vos écrans, un documentaire tout frais sur la vie des colons à Hébron, réalisé par Rocco et Joan-Lucas, deux journalistes italiens (pour changer). Après un an et demi passé à Tel Romeinia et Beit Romano (colonies dans Hébron), à serrer les dents et à maîtriser son vocabulaire pour s’insérer dans les familles orthodoxes et pour gagner leur confiance en tâchant de ne pas devenir fou (ou juif, ou les deux), les images dressent un tableau peu conventionnel de la vie au milieu de la secte juive orthodoxe. Par exemple, celle de ce colon (dont le nom est occulté pour protéger les coupables) qui vit dans une roulotte au milieu de la colonie, que ses propres enfants ont essayé d’incendier parce qu’il avait quitté son ancienne femme, rappelle qu’ici le meilleur comme le pire n’est rien d’autre que la volonté de Dieu. Que tout a un sens, même lorsqu’on coupe sa carotte en long et non en large, même quand pète alors qu’on pourrait serrer les fesses. Tout à un sens défini par JVH (Jahve, dont le nom ne doit pas être prononçable), et c’est ça qui est bon !

Rocco en pleine action

Rocco en pleine action

Un tiers du docu se passe aussi du côté palestinien de la ville, et nos deux journalistes ont du porter des capuches et camoufler la caméra pour ne pas se faire reconnaître par les colons et les soldats, habitués à les voir tous les jours mais de l’autre côté du checkpoint.

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L’objectif : filmer le quotidien dans un salon de coiffure de la vieille ville. En Palestine, résumer un salon de coiffure à un endroit où les cheveux sont coupés est une erreur évidente. C’est un lieu d’échanges, de rencontres, un peu comme le PMU de la gare de Mâcon, sauf qu’ici on est à Hébron et qu’il a des milliers d’histoires hallucinantes à écouter (et qu’on ne parie pas sur les chevaux). Et il y a autant d’êtres humains mystérieux à découvrir.

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Published in: on 17 juin 2009 at 2:48  Comments (3)  
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First Step in P

L’image qu’on se fait de la Palestine en lisant des livres, en cherchant des informations, en regardant des documentaires, est parfois assez proche de la réalité. On croit connaître beaucoup de choses. Mais lorsqu’on y met les pieds finalement, on comprend qu’il y a quelque chose qu’aucun livre n’est capable de transmettre. Une sensation qui n’est pas traduit par un mot. Avant de monter dans l’avion, et en arrivant, la terre tremble, le sang se fige, le rêve se déforme. La Terre sainte.

Landscape
Bethléem

A force d’en entendre parler comme d’un fantasme, on finit presque par se demander si cet endroit magique, lointain et omniprésent dans les discussions internationales existe vraiment. On se prend une claque quand on regarde la première fois le paysage, de Beit Sahour vers la colonie d’en face, à travers les collines où sont rangés les oliviers, après avoir passé le check point de Bethléem comme s’il s’agissait du péage à l’ouest de Nancy. (suite…)

Published in: on 8 juin 2009 at 4:19  Laisser un commentaire  
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Le verbe et le glaive

On a cru qu’il ne s’y passerait rien. Le sommet sur le racisme de l’ONU s’est tenu à Genève du 20 au 24 avril dernier, et était boycotté par de nombreux poids lourds du monde libre : Etats-Unis, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Pays-bas, Allemagne, Pologne, Italie…Rien que ça ! On a failli croire que lutter contre le racisme n’était plus à la mode. Heureusement, les pays présents ont pu adopter «un texte antiraciste majeur», comme s’en est félicité Mr Kouchner. La preuve : on y souligne «la détresse des Palestiniens» et le droit à l’existence d’Israël. En effet, c’est bien connu que l’existence de la première puissance militaire de la région est menacé tous les jours, et que des projets de génocide juif sont en cours, comme l’a rappelé Nethanyaou à l’occasion de la commémoration de la Shoah en Israël, le 21 avril.
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Comme en 2001, les pays occidentaux craignaient de voir la conférence tourner en un défouloir verbal anti israélien. Du coup, ils ont déserté la tribune de l’ONU, cette instance à laquelle ils contribuent pourtant financièrement, et qui a créé des centaines d’écoles, de centres hospitaliers et des agences d’informations en Palestine pour palier aux conséquences de l’occupation israélienne. De toute manière, ce n’est jamais le bon moment, quelle que soit l’assemblée, de parler d’Israël.
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On constate, une fois de plus, que les mots sont plus importants que les morts, qu’on prend le verbe plus au sérieux que le glaive : lors de la «riposte excessive» à Gaza entre décembre et janvier 2009, aucun Etat occidental n’a rien dit de déterminant pour condamner le massacre. Pendant ce sommet, l’Iran s’est effectivement lancé dans des pamphlets anti-sionistes, et le monde a crié au scandale, les diplomates se sont étranglés et les délégations ont fuient (pour ensuite revenir lorsque la tempête fut passée). En l’occurrence, le président iranien Ahmadinejad a notamment déclaré : «En 1945, les Alliés ont envoyé des migrants d’Europe, des Etats-Unis et du monde de l’Holocauste pour établir un gouvernement raciste en Palestine occupée (…) Des efforts doivent être faits pour mettre un terme aux abus des sionistes et de (leurs) partisans». C’est la citation qui a été reprise par tous les médias, sur les trois paragraphes antisionistes qu’on peut trouver dans le discours, qui ne compte pas moins de cinquante paragraphes parlant de la pauvreté dans le monde, du racisme, de la crise économique et de la nécessité d’agir ensemble pour lutter contre les injustices en général.

La différence est là, mais tous font semblant de ne pas la comprendre

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Dans cet extrait, beaucoup de commentateurs, dont des ministres et des diplomates, y ont vu de la propagande antisémite, telle qu’on la concevait au XIX e siècle. Pourtant, les temps ont bien changé, et même l’Iran, réputé pour ses diatribes violentes, ne condamne pas la religion juive, mais le sionisme. La différence est là, mais tous font semblant de ne pas la comprendre. Le gouvernement norvégien a déclaré qu’il s’agissait pour Mr Ahmadinejad d’une tactique électorale. Pourtant, depuis 2005, le président Iranien n’a pas changé de point de vue, enjeux électoral ou non.
On peut d’ailleurs noter que l’Iran, en faisant référence à l’Holocauste, reconnaît son existence.

C’est vrai que pour Israël il aurait été difficile de faire croire devant une assemblée internationale réunie à Genève (en territoire neutre, patrie des conventions internationales qui donnent le ton en matière de respect des droits humains, des armes de guerre légales, du traitement des prisonniers, etc.) que la politique de ses gouvernements successifs n’a œuvré que pour la paix et les droits de l’homme dans et à l’extérieur de ses frontières. Des frontières qui ne sont reconnues par personne, ni même par Israël puisqu’il les pousse toujours plus loin à coup de canons et de colonies, facilité par le fait qu’Israël ne possède pas de Constitution. Même à l’intérieur de ses frontières, les Juifs n’ont pas le même statut social s’ils sont rescapés de la Shoah, s’ils sont ashkénazes ou séfarades, sans parler des falachas éthiopiens, ou des 20% « d’israéliens arabe » (c’est-à-dire des Palestiniens). Le parti arabe israélien Balad était à Genève pour le rappeler.
Israël, tout récemment, a décidé qu’il ne participerait pas à l’enquête de l’ONU sur les massacres à Gaza dont il est responsable. Pas plus qu’en 2006 avec l’échec au Liban. Israël a été reconnu par l’OLP lors des accords d’Oslo en 1994, mais Israël n’a pas reconnu l’Etat palestinien, et a toujours poursuivi l’extension des colonies en Cisjordanie. Tout ça ne fait pas très «démocratie», même pas au Proche-Orient.

Il y a un mur de séparation entre la vérité et la tradition. La vérité, c’est qu’il faut ralentir les soutiens à Israël. La tradition, c’est de donner carte blanche à un pays qui invoque la Shoah à chaque critique. Quitte à boycotter une conférence internationale sur un sujet qui concerne toutes les sociétés du monde, qu’elle soit blanche, noire, de ce siècle ou d’un autre.

Gilgamesh

Published in: on 26 avril 2009 at 11:19  Comments (6)  
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